Les élus régionaux de l’UDI déboussolés par leur direction nationale

La semaine dernière, l’UDI lâchait en règle François Fillon, empêtré dans son PénélopeGate. Et, ne riez pas, hier, mardi, le bureau exécutif du parti a adopté une motion soutenant le même candidat LR… Dans le Nord – Pas-de-Calais, les élus UDI semblent désabusés par les atermoiements de leur direction nationale.

DailyNord

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L’UDI a un logo. Jusque quand… s’interrogent plusieurs de nos interlocuteurs.

Je trouve ça pathétique et je suis extrêmement triste“. Jean-Noël Verfaillie, leader UDI de l’opposition à Marly dans le Valenciennois et conseiller départemental, ne cachait pas son dépit ce matin au téléphone avec DailyNord. La raison ? La volte-face de la direction de son parti qui suspendait sa campagne pour Fillon mercredi dernier… avant de le soutenir de nouveau hier, mardi.”Ça donne une image très mauvaise, mais qui est due au fait que l’UDI navigue à vue. Le fait qu’il n’y ait pas eu de candidat à la primaire de droite nous emmène là. Et aujourd’hui, comme on veut avoir des députés, on mange son chapeau“. N’imaginez pourtant pas Jean-Noël Verfaillie ne pas faire campagne pour Fillon, bien au contraire : “Je le soutiens, je lui ai accordé mon parrainage, je fais partie de son comité de soutien départemental. Ce que je déplore, c’est la stratégie des cadres de mon parti qui lâche François Fillon un jour pour revenir vers lui quelques jours plus tard“ dit celui qui s’attend à un grand moment de recomposition de l’UDI et des LR après la Présidentielle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la volte-face nationale a du mal à passer dans la région, même si beaucoup affichent plus de prudence que Jean-Noël Verfaillie.  En témoigne cet élu qui souhaite rester anonyme : “j’ai le choix entre manger mon chapeau ou quitter les instances du parti… Mais oui, je ne suis pas content du tout de la tournure que ça prend“, ajoute celui qui exclut cependant de rejoindre les rangs d’Emmanuel Macron. Qu’en pensent les candidats UDI aux législatives qui sont finalement au coeur de ce retournement de situation des caciques du parti créé par Jean-Louis Borloo en 2012 ? Car si l’UDI avait maintenu sa position, ses candidats auraient vu des Républicains sur leur route en circonscriptions…  Sans surprise, ils restent prudents à l’instar de Bruno Ficheux sur la quinzième du Nord : “Je me prononcerai après le 15 mars“, lâche le co-président du groupe majoritaire au conseil départemental du Nord. Sans préciser s’il se lancerait en “dissident” au cas où son adversaire LR, Jean-Pierre Bataille, serait définitivement investi. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Nicolas Lebas, candidat lui sur la première circonscription du Nord, n’avait pas répondu à notre appel.

“Dire qu’il y a un enthousiasme débordant serait exagéré…”

Olivier Henno, le délégué départemental Nord de l’UDI, lui, semble résigné : “ Nous rejoignons la campagne de Fillon pour préserver l’accord UDI/LR pour les législatives“. Non sans ajouter : “Dire qu’il y a un enthousiasme débordant serait exagéré…Nous sommes plus proches de la droite modérée que la droite décomplexée. Notre candidat était Alain Juppé, il se retire, c’est la règle du jeu”. Ce qui calme les dissensions c’est le Tout sauf Marine le Pen. Mais au second tour ? “L’UDI se prononcera pour Macron. Personne ne manquera à l’appel“. Fillon au premier, Macron au deuxième donc si le LR soutenu du bout des doigts, est éliminé. Valérie Létard qui, le 2 mars, sur Twitter lâchait un définitif “Après consultation des instances de l’UDI Nord et de nombreux élus UDI des HDF, je demande le retrait de la candidature de François Fillon“, en fera-t-elle de même ?

Très bon exemple du dilemme qui règne en ce moment à l’UDI et de la porosité avec le mouvement En Marche : Vincent Dupire. Lui, a déjà déclaré sa flamme pour l’ancien ministre de l’économie. Centriste ascendant Borloo, nouveau venu sur la scène politique, toujours adhérent direct à l’UDI, le journaliste a renoncé à défendre sa candidature à l’investiture UDI sur la deuxième circonscription du Nord qui revient donc à son adversaire LR Florence Bariseau. “Avec cette affaire, l’UDI peut exploser. Quoiqu’il arrive, je continue avec En Marche”, conclut-il, un peu sibyllin. Les investitures du mouvement Macron sont attendues avec impatience. Thierry Pauchet pense lui aussi que le parti créé par le régional Borloo ne survivra pas à la présidentielle, trop tiraillé entre les chapelles Lagarde et Morin.  Cet ex-UDI a quitté le parti il y a quelques mois, mais reste président délégué du groupe d’opposition au conseil municipal de Lille. “ Le principe de réalité a prévalu. Ils ont voulu sauver leurs circonscriptions réservées. Et les LR se font élire avec les voix UDI. ” Lui votera Fillon à titre personnel et ne se sent aucune appétence pour Macron. Mais si Fillon est éliminé au premier tour…. La position du député-maire UDI de Valenciennes Laurent Degallaix sera aussi à observer. Celui qui a succédé localement à Jean-Louis Borloo – dont le nom plane sur l’élection – est l’un des seuls grands élus de droite et du centre à s’être affiché au meeting lillois d’Emmanuel Macron pour la présidentielle. Jusqu’à présent sous l’étiquette UDI.